Table des matiĂšres
Le « True Peak » (TP) ou « CrĂȘte Vraie » en français, Ă©galement dĂ©signĂ© sous le terme «âŻIntersample PeaksâŻÂ» (ISP), constitue une notion qui nâest pas toujours bien comprise aujourdâhui dans le monde de la Production Musicale. Depuis lâĂ©mergence des plateformes de Streaming dans les annĂ©es 2010 et des pratiques amateures « Home Studio » devenues trĂšs courantes, le sujet du True Peak revient en force, malgrĂ© quâil ait toujours existĂ© depuis lâĂ©closion de lâaudionumĂ©rique Ă travers le support CD qui sâimpose dĂšs 1982. Dans le milieu de lâenregistrement sonore liĂ© Ă la production musicale, le True Peak nâa dâintĂ©rĂȘt quâau au stade du Mastering, lorsquâun fichier « audionumĂ©rique » est finalisĂ© avant dâĂȘtre diffusĂ©.
Qu'est-ce que le "True Peak" ?
Dans un fichier audionumĂ©rique le True Peak dĂ©signe la reprĂ©sentation des niveaux continus quand ils dĂ©passent la valeur d’Ă©chantillons voisins. Il reprĂ©sente un niveau analogique rĂ©el quand il dĂ©passe le niveau de 2 Ă©chantillons successifs, lors de la conversion du signal numĂ©rique en signal analogique (DAC) :
Figure 1 : Analyse dâun fichier audionumĂ©rique. Sur la sĂ©lection. En jaune : niveaux True Peak (TP) crĂ©es par deux Ă©chantillons successifs possĂ©dant des valeurs proches du maximum numĂ©rique (le Full Scale / 0dBFS). Sur lâensemble du morceau analysĂ© : sur le canal de gauche (en haut) le niveau TP atteint +0.77dBFS, sur le canal de droite (en bas) le niveau TP atteint +0.60dBFS. Le logiciel indique 17 valeurs TP « dĂ©passant le 0 » sur le canal de gauche, et 14 valeurs TP « dĂ©passant le 0 » sur le canal de droite.
En gris clair : nous observons aussi des niveaux True Peak sur les 2 canaux, mais ceux-ci nâont aucune incidence car leur niveau est compris dans lâĂ©chelle Full Scale. (logiciel: iZotope RX)
Le True Peak est une notion propre au codage LPCM, ce dernier Ă©tant utilisĂ© en Production Musicale Ă travers les outils informatiques qui permettent aux ingĂ©nieurs du son dâenregistrer, de modifier ou de crĂ©er des sons. Ă ce stade, il convient aussi de rappeler quâil existe un deuxiĂšme type de codage audionumĂ©rique, le DSD. Or, pour celui-ci la notion de True Peak est inapplicable. Nous verrons la raison Ă la fin de lâarticle, lors dâun chapitre dĂ©diĂ©.
Les valeurs True Peak nâinforment pas sur le « niveau global » du fichier audio enregistrĂ©. D’autres mesures reprĂ©sentant le niveau « moyen » sont plus utiles pour repĂ©rer le niveau de l’enregistrement que nous percevons. Il s’agit du niveau « RMS » ainsi que d’un autre type de niveau qui fait appel Ă une mesure plus Ă©laborĂ©e: le « Loudness IntĂ©grĂ© » (Integrated Loudness)  (cf Figure1 : Integrated BS.1770 Loudness). Le volume « RMS » (cf Figure 1 : Total RMS level) indique la moyenne arithmĂ©tique dĂ©fini par la forme d’onde reprĂ©sentĂ©e en codage LPCM. Cette valeur reprĂ©sente « la moyenne » du signal enregistrĂ©. Elle s’exprime dans l’Ă©chelle numĂ©rique courante, en dĂ©cibel « Full Scale » (dBFS), qui est nĂ©gative et dont la valeur maximum est fixĂ©e à « 0 ».
Aujourdâhui les studios utilisent une mĂ©thode de calcul plus rĂ©cente qui permet d’affiner la valeur « RMS » dans une Ă©chelle numĂ©rique semblable, le LUFS (Loudness Unit relative to Full Scale) dont l’algorithme de calcul, plus Ă©laborĂ©, tient compte du comportement de lâoreille humaine en fonction des frĂ©quences et des intensitĂ©s perçues (Courbe isotonique, Travaux de Fletcher & Manson, 1933). Par consĂ©quent pour un morceau de musique donnĂ©, c’est la mesure de la valeur du « Loudness IntĂ©gré » qu’on utilisera pour dĂ©finir le niveau « moyen » de l’enregistrement, et non pas la valeur RMS, et encore moins les valeurs maximales de True Peak qui ne donnent aucune indication sur le niveau global enregistrĂ©.
Dans le domaine de l’audionumĂ©rique le True Peak concerne nâimporte quel fichier multicanal LPCM vouĂ© Ă ĂȘtre lu via un systĂšme de diffusion sonore. Aujourd’hui la notion de True Peak refait surface dans les studios en raison notamment du dĂ©veloppement des Plateformes de Streaming et des « recommandations » donnĂ©es par celles-ci Ă destination des studios de Mastering. Mais cette notion reste invariable depuis l’invention du LPCM qui concerne toute forme de fichiers vouĂ©s Ă ĂȘtre lu, comme pour le Cd-Audio. En effet, dans le cas d’une musique StĂ©rĂ©o qui comporte deux canaux (gauche et droit), il existe un double flux de donnĂ©es numĂ©riques qui reprĂ©sente la lecture de deux formes d’ondes distinctes pour chaque cĂŽtĂ©. Ce double flux numĂ©rique se transforme en un double signal Ă©lectrique sĂ©parĂ© qui est transmis Ă une paire d’haut-parleurs. Selon les performances du systĂšme de reproduction le fichier lu est restituĂ© plus ou moins fidĂšlement. Par consĂ©quent, la musique que nous percevons Ă travers un matĂ©riel de lecture donnĂ© peut Ă©normĂ©ment varier dans la qualitĂ© de reproduction, en comparaison avec le fichier initial dans la maniĂšre oĂč l’artiste, le Producteur et l’ingĂ©nieur du Son l’a créé. Outre les critĂšres plus Ă©vidents comme la restitution frĂ©quentielle des sons, la dynamique, ou la prĂ©cision dans la localisation des instruments dans l’espace sonore, demeurant trĂšs dĂ©pendante de chacun des Ă©lĂ©ments du systĂšme, le True Peak quant Ă lui peut poser un problĂšme au niveau du tout premier maillon de la chaĂźne. Il peut Ă©galement suggĂ©rer d’autres soucis dans la manipulation du fichier.
Les conséquences défavorables du "True Peak"
Quand les valeurs True Peak dĂ©passent certains seuils de niveaux et selon les diffĂ©rents cas dâusage qui se prĂ©sentent comme nous allons le voir, la consĂ©quence peut ĂȘtre problĂ©matique au moment de lâutilisation du fichier audio.
Comme nous l’avons vu, les niveaux True Peak ne donnent aucune indication sur la Sonie dâune musique enregistrĂ©e, ils rĂ©vĂšlent juste une reprĂ©sentation de la continuitĂ© possible et rĂ©elle du signal analogique lors de la lecture du fichier. Cependant il arrive que le niveau analogique se traduisant entre deux Ă©chantillons successifs, puisse dĂ©passer la valeur numĂ©rique maximale (le Full Scale).
La surcharge du DAC
Cette notion de True Peak est importante Ă comprendre car elle peut engendrer de mauvaises consĂ©quences au moment la lecture de la musique quand celle-ci provient dâun format numĂ©rique. Aujourdâhui avant dâenvoyer les Masters sur le marchĂ©, les valeurs True Peak sont Ă©valuĂ©es et parfois contrĂŽlĂ©es par les ingĂ©s-son des studios qui rĂ©alisent le Mastering du projet musical. Au moment de finaliser les derniers traitements numĂ©riques du signal sur la musique quâon leur confie (les mixages) les ingĂ©s-son Mastering sont capables dâajuster correctement ces niveaux de transition « numĂ©rique vers analogique » afin dâĂ©viter toute forme de distorsion audible qui pourrait apparaitre Ă travers les systĂšmes de lecture des utilisateurs.
Dans nâimporte quel fichier audio dans lequel une musique est enregistrĂ©, tous les Ă©chantillons du signal sont lĂ©gitimes car ils demeurent in facto dĂ©finis dans la zone des valeurs de lâĂ©chelle numĂ©rique. Ils rĂ©sident dans la partie positive du signal ainsi que dans la partie nĂ©gative du signal, donc en dessous du 0dB Full Scale des deux cĂŽtĂ©s de la Forme dâOnde (waveform), Cf Figure 2:
Figure 2 : reprĂ©sentation stĂ©rĂ©o de deux formes d’onde numĂ©risĂ©es, correspondant aux canaux gauche et droit.
Afin d’ĂȘtre entendu au moyen de transducteurs (hauts parleurs ou casques), tout signal audionumĂ©rique subit une conversion « numĂ©rique vers analogique » au moment de la lecture. Le circuit Ă©lectronique complexe qui est responsable de ce passage de domaine se nomme un DAC (Digital to Analog Converter) en français CNA (Convertisseur NumĂ©rique vers Analogique). Le rĂŽle d’un DAC est de transformer les valeurs discrĂštes des Ă©chantillons en un courant Ă©lectrique continu. Lequel, plus loin dans la chaĂźne est amplifiĂ© avant d’ĂȘtre transmis Ă un systĂšme de Haut-Parleurs. Les transducteurs transforment le courant Ă©lectrique en Ă©nergie mĂ©canique, ce qui explique le mouvement de la membrane du Haut Parleur et donc la perception du Son (Figure 3).
Figure 3 : Le signal audionumĂ©rique LPCM est envoyĂ© sur le DAC pour ĂȘtre converti en signal Ă©lectrique analogique qui par dĂ©finition forme un signal continu. Ce signal est ensuite amplifiĂ© pour ĂȘtre transmis jusqu’aux Haut-Parleurs.
Au sein du DAC, si la reprĂ©sentation analogique dĂ©passe le niveau correspondant au maximum numĂ©rique (0dBFS) Ă gauche ou Ă droite dans une partie positive ou nĂ©gative du signal, le DAC se voit chargĂ© de reproduire un niveau analogique dont lâĂ©quivalent numĂ©rique nâexiste pas. Par consĂ©quent le convertisseur DAC Ă©crĂȘte (clippe) Ă cet endroit. En effet, une forme de distorsion ponctuelle se crĂ©e: les valeurs de tous les Ă©chantillons sont traduites selon les capacitĂ©s et les performances du DAC, mais le signal analogique gĂ©nĂ©rĂ© prĂ©sente forcĂ©ment des erreurs de conversion Ă cause des valeurs True Peaks franchissant la limite numĂ©rique. Habituellement cette distorsion nâest pas intentionnelle. Elle ne fait, en principe, aucunement partie des souhaits de lâartiste, du producteur, ou du technicien en charge de produire le Master.
DâoĂč, en thĂ©orie, lâimportance de crĂ©er des Masters atteignant des niveaux True Peak contrĂŽlĂ©s afin que les DACs puissent traduire des niveaux continus sans introduire ce genre de distorsion.
En pratique, le critĂšre qualitatif des systĂšmes de reproduction sonore joue un rĂŽle fondamental dans la restitution transparente du signal sonore puisque les meilleurs d’entre eux produisent le moins de distorsion possible. En lâoccurrence pour la gestion des valeurs True Peak trop importantes, le maillon sensible demeure la performance du DAC. Câest au travers des DAC « bas de gamme » que la distorsion engendrĂ©e par ces valeurs est la plus audible et Ă lâinverse, sur les systĂšmes professionnels ou audiophiles les plus aboutis, cette distorsion s’avĂšre inaudible grĂące Ă l’utilisation de DACs beaucoup plus performants. Aujourd’hui les DACs les plus performants du marchĂ© sont ceux qui utilisent la technologie DSD (Direct Stream Digital) appliquant une mĂ©thode de codage baptisĂ©e Delta Sigma (parfois notĂ©e Sigma Delta). La norme DSD a Ă©tĂ© introduite au public en 1999 avec le Super Audio CD (SACD).
Le SACD: contrairement au codage LPCM qui dĂ©finit l’audionumĂ©rique dans le Monde entier et dans toutes les applications depuis la sortie du Cd-Audio en 1982 jusqu’Ă aujourd’hui, le SACD (Super Audio CD) créé en 1999 fonctionne avec un tout autre langage audionumĂ©rique: le DSD.
Le DSD dans les DACs haut de gamme: on retrouve ce langage dans les convertisseurs DAC modernes les plus performants. La technologie DSD est entiĂšrement indiffĂ©rente Ă la notion de True Peak en partie grĂące au processus interne « Delta Sigma », une technologie particuliĂšre de calcul des Ă©chantillons lors de l’encodage de l’information LPCM entrant dans le DAC.
Tous les DAC ne se valent jamais car leur conception Ă©lectronique peut demeurer trĂšs diffĂ©rente d’un modĂšle Ă un autre. Les meilleurs convertisseurs du MarchĂ© sont construits avec des composants de qualitĂ© optimale, donc plus chers, lesquels sont Ă©galement triĂ©s sur place avant d’ĂȘtre retenu puis soudĂ©s. Pour Ă©laborer un DAC il existe plusieurs mĂ©thodes: elles sont liĂ©es aux diffĂ©rentes technologies disponibles, aux astuces d’ingĂ©nierie et aussi au coĂ»t des composants.
Pour reprĂ©senter une idĂ©e du marchĂ© dans le domaine de la Hi-Fi j’ai dressĂ© une liste non exhaustive en parcourant les sites d’achat. On trouve des DACs externes Ă 15⏠comme 1er prix (a). Fort heureusement il existe des DACs plus Ă©laborĂ©s valant quelques centaines d’euros (exemple Ă moins de 200⏠(b). Les prix peuvent grimper jusqu’Ă plusieurs milliers d’euros (c et d) donc, pour cette « seule » fonction de pouvoir convertir Ă la volĂ©e deux signaux audionumĂ©riques (gauche et droite) en deux signaux analogiques correspondants.
a. DAC portable d’entrĂ©e de gamme, Jade Audio JA11, source Son-Video.com
b. DAC standard Topping Audio DX3Pro+, source Topping Audio
c. DAC audiophile Atoll DAC300, source cta-hifi.com
d. DAC Haut de gamme McIntosh MDA200, source Elecson
Il en va de soi de comprendre que la qualitĂ© de la reproduction d’un signal numĂ©rique est absolument tributaire de la qualitĂ© du DAC utilisĂ©, au mĂȘme titre que la qualitĂ© de l’amplificateur et de la paire d’enceintes utilisĂ©e. Le DAC est un Ă©lĂ©ment important et gĂ©nĂ©ralement trĂšs sous-estimĂ© du grand public. Je vous met au dĂ©fi de rĂ©aliser des comparaisons, si un jour vous en avez l’occasion.
Pour rĂ©sumer, pendant la lecture des fichiers audionumĂ©riques, la gestion des True Peaks se rĂ©alise uniquement au sein d’un DAC. La qualitĂ© de ce dernier est dĂ©terminante dans sa capacitĂ© Ă gĂ©rer les valeurs True Peaks quand ces derniers dĂ©passent la valeur maximale de l’Ă©chelle numĂ©rique.
Les codecs Lossy
D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale un codec audio est un dispositif algorithmique qui fonctionne en deux parties: l’encodeur et le dĂ©codeur. Dans ce Blog nous ne nous intĂ©resseront uniquement aux codecs dits « Lossy », ceux qui au moment de l’encodage gĂ©nĂšrent une perte d’information audible en Ă©change d’un poids numĂ©rique du quelques mĂ©gaoctets seulement. En effet comme les autres Codecs dits « Lossless » prĂ©sentent le mĂȘme signal qu’au dĂ©part aprĂšs dĂ©compression, les valeurs True Peak restent les mĂȘmes. Par consĂ©quent il n’y a aucun intĂ©rĂȘt de s’intĂ©resser ici aux transformations Lossless.
On transforme donc le signal du Master de dĂ©part, codĂ© en LPCM, vers un signal d’arrivĂ©e par compression de donnĂ©es « avec Perte ». C’est le principe de l’encodage. Les fichiers LPCM provenant des studios de Mastering (extensions .wav, .aiff) peuvent Ă tout moment ĂȘtre encodĂ©s vers des fichiers de formats diffĂ©rents pour allĂ©ger leur poids, comme dans le cas du mp3, de l’AAC, de l’Ogg Vorbis ou du WMA… Le nouveau fichier est ainsi stockĂ© (Figure 4). Ce n’est qu’au moment de la lecture que le dĂ©codeur dĂ©compresse le petit fichier afin d’ĂȘtre traduit sur un systĂšme d’Ă©coute, et notamment Ă travers le DAC (Figure 5).
Figure 4 : CrĂ©ation dâun fichier Lossy Ă partir dâun fichier Master (LPCM). Le terme « Lossy » dĂ©signe un format qui subit une perte dâinformations audibles par rapport au format brut LPCM du Master. La partie « encodeur » de lâalgorithme permet dâobtenir ce fichier « compressĂ© ». Le fichier Master a subi une « compression de donnĂ©es ». Le fichier ainsi créé prĂ©sente comme seul avantage dâĂȘtre rĂ©duit en poids, lâinconvĂ©nient rĂ©side sur le fait quâil perd ses qualitĂ©s sonores puisquâil subit une perte de donnĂ©es audibles. Pendant lâencodage, plus le dĂ©bit binaire appliquĂ© est Ă©levĂ© (bitrate), plus il subit de dommages. Notez que les formats Lossy ne peuvent jamais ĂȘtre reprĂ©sentĂ©s Ă lâinverse du format LPCM.
Figure 5 : Lecture du fichier Lossy. Au moment de la lecture du fichier compressĂ©, le « DĂ©codeur » permet de crĂ©er de nouveaux Ă©chantillons de nouveau en LPCM, seul langage que les DAC peuvent interprĂ©ter en signal continu. Le fichier Lossy est donc dĂ©compressĂ© avec ses propres pertes gĂ©nĂ©rĂ©es pendant lâencodage. Notez quâune fois le fichier dĂ©gradĂ©, il nâest plus possible de retrouver le fichier LPCM de dĂ©part car lâencodage Lossy est un processus irrĂ©versible. Notez que dans cette reprĂ©sentation rĂ©elle du fichier LPCM reconstruit (lâexemple sera Ă©tudiĂ© plus loin dans lâarticle), un des Ă©chantillons nâa pas pu ĂȘtre créé dans la zone de lâĂ©chelle commune. Cet Ă©chantillon nâexiste donc pas, la reconstruction continue laisse donc place Ă un True Peak de valeur importante. Ce qui confirme, comme nous allons le voir plus loin, la mauvaise gestion des True Peak lors du dĂ©codage des formats Lossy.
L'encodage Lossy
Lors dâune conversion Lossy dâun format LPCM vers un format « avec perte » (comme par exemple le mp3, l’AAC, l’Ogg Vorbis…) des niveaux trop forts du signal peuvent surcharger les encodeurs (Figure 6). En effet, les encodeurs Lossy ont besoin de «marge» (headroom) afin de convertir correctement les donnĂ©es. Quand le signal est trop fort Ă l’entrĂ©e de lâencodeur, celui-ci sature crĂ©ant une distorsion propre qui se mĂ©lange au reste du signal. Ce quâil convient donc d’Ă©viter si tel n’est pas le but du producteur, artiste ou ingĂ©nieur du son au moment du Mastering.
Attention cependant, ces niveaux appliquĂ©s Ă l’entrĂ©e de l’encodeur reprĂ©sentent des niveaux d’Ă©chantillons (Sample Peak levels) et non des niveaux True Peaks puisque l’opĂ©ration d’encodage rĂ©side entiĂšrement dans le domaine numĂ©rique.
En studio de Mastering il s’agit de trouver la meilleure solution « de niveau global et final » pour Ă©viter d’engendrer ce type de distorsion causĂ© par les niveaux les plus hauts du signal.
Figure 6 : Encodage .wav vers un format Lossy. Si le niveau du signal d’entrĂ©e est trop fort, l’Ă©tage d’entrĂ©e de l’encodeur sature et laisse apparaĂźtre une forme de distorsion qui se rajoute au reste du signal encodĂ©.
Le décodage Lossy
Une fois les Masters compressĂ©s dans leurs formes « Lossy », il faut donc aussi s’assurer que les nouveaux Ă©chantillons créés via le nouveau format n’engendrent pas de niveaux True Peaks provoquant du Clipping au moment de la lecture Ă travers le DAC utilisĂ©. Car en effet, si le signal est modifiĂ© Ă cause du caractĂšre destructeur de l’encodeur Lossy, les Ă©chantillons du signal changent obligatoirement de valeurs au sein de l’Ă©chelle numĂ©rique. Ces nouvelles valeurs peuvent tout Ă fait induire des niveaux True Peaks. (Figures 7a, 7b, 7c, et 7d).
Figure 7a: Sur RX (iZotope), reprĂ©sentation d’une partie d’un fichier audio LPCM issu d’un CD-Audio (Michel Jonasz, Joueurs de Blues, rĂ©gion zoomĂ©e autour de 2min 17sec 908).
Figure 7b: ReprĂ©sentation de la mĂȘme partie du fichier Audio, aprĂšs l’encodage Lossy du fichier d’origine reprĂ©sentĂ© plus haut, en utilisant un bitrate faible, donc un fichier trĂšs compressĂ© (Ogg Vorbis, Bitrate=64kbps (Q=0)). Vous noterez la prĂ©sence d’une valeur True Peak trĂšs importante sur le canal de droite (+1.02dBTP), alors que pour la mĂȘme valeur de temps, sur le canal de gauche la nouvelle valeur de l’Ă©chantillon a baissĂ©. Cela s’explique par la nouvelle rĂ©partition des Ă©chantillons au sein de l’Ă©chelle numĂ©rique.
Figure 7c : ReprĂ©sentation de la mĂȘme partie du fichier Audio, aprĂšs un encodage Lossy Ogg Vorbis du fichier d’origine, mais cette fois avec la qualitĂ© maximale d’encodage (Q=10 c’est Ă dire un Bitrate=500kbps). MalgrĂ© la valeur trĂšs Ă©levĂ©e du bitrate, vous noterez tout de mĂȘme la prĂ©sence d’une valeur True Peak modĂ©rĂ©e sur chacun des canaux (Canal de gauche: +0.17dBTP et Canal de droite: +0.10dBTP). Ce rĂ©sultat s’explique comme dans le cas prĂ©cĂ©dent par la nouvelle rĂ©partition des Ă©chantillons au sein de l’Ă©chelle numĂ©rique.
Notez que sur la Figure 7c au niveau du dĂ©passement du True Peak sur le canal de gauche, un Ă©chantillon est manquant. En effet, en LPCM on devrait pouvoir localiser un Ă©chantillon Ă chaque pas numĂ©rique, or ici l’algorithme reposable du DĂ©codage a Ă©tĂ© incapable de dĂ©terminer d’Ă©chantillon dans la zone de l’Ă©chelle numĂ©rique, ce qui manifestement crĂ©e cette valeur True Peak dans la reconstruction du signal.
Sur la Figure 7d, Notez aussi que sur la reprĂ©sentation du fichier d’origine (Cd-Audio), les deux valeurs concernĂ©es reprĂ©sentent des valeurs True Peaks mais presque invisibles: Canal de gauche: +0.10dBTP et Canal de droite: +0.01dBTP.
Figure 7d
Dans le morceau concernĂ©, l’analyse montre qu’il y a au total 61 True Peak dĂ©passant le maximum numĂ©rique (15 pour le canal de gauche et 46 pour le canal de droite) (Figure 7e). Ceci s’explique par le fait qu’Ă l’Ă©poque de la sortie de cet album en Cd-Audio (la version prĂ©sentĂ©e concerne la premiĂšre Ă©dition en format CD, sortie en 1986) les ingĂ©s-son de mastering ne se souciaient jamais des valeurs du True Peak. Comme le volume moyen Ă©tant rĂ©ellement bas (-15,5LUFS) et la dynamique importante, ces valeurs de True Peak n’Ă©taient pas gĂȘnantes. Bien au contraire, les productions actuelles dans les genres plus « Mainstream » sont plus sujet Ă poser des problĂšmes d’interprĂ©tation des Trues Peak, puisque les volumes moyens sont beaucoup plus importants, compte tenu de la surcharge des DAC et aussi des surcharges de niveaux pendant les encodages Lossy.
Figure 7e: ReprĂ©sentation de la forme d’onde du morceau entier « Joueurs de Blues » . Album « La nouvelle vie », Michel Jonasz. Album sorti en 1981 (Vinyle et Cassette Audio). La numĂ©risation des bandes magnĂ©tiques pour permettre la sortie de l’album en CD-Audio a eu lieu entre 1984 et 1985. Notez la dynamique du morceau (la diffĂ©rence entre les bas niveaux et les forts niveaux), et les valeurs True Peaks occasionnelles reportĂ©es dans l’analyse du fichier.
Résumé des problÚmes posés par le True Peak
Les valeurs True Peak excĂ©dants le maximum numĂ©rique prĂ©sentent un problĂšme d’interprĂ©tation lors de la lecture Ă travers les DAC qui saturent, surtout si ces derniers sont de piĂštre qualitĂ©.
Les True Peak prĂ©sentent aussi de nombreux problĂšmes lors du dĂ©codage aprĂšs une conversion Lossy, car les Ă©chantillons sont entiĂšrement recalculĂ©s avec des valeurs pouvant largement dĂ©passer les valeurs True Peak de dĂ©part du fichier d’origine. Ces dĂ©passements sont trĂšs liĂ©es Ă la valeur du bit rate appliquĂ©e pour la conversion. Ils sont aussi trĂšs dĂ©pendants du niveau des Ă©chantillons du fichier de dĂ©part si ceux-ci trop Ă©levĂ©s.
La difficulté du True Peak pour les Plateformes de Streaming
Les limites du Streaming
Aujourd’hui en 2025 en moyennant un abonnement, la majoritĂ© des plateformes propose leur catalogue de musique en qualitĂ© LPCM .wav standard, minimum 16bits et 44,1kHz (qualitĂ© du Cd-Audio) et trĂšs souvent en Haute RĂ©solution dans le mĂȘme format livrĂ© par les studios de Mastering, comme par exemple en .wav 24bits et 44,1kHz, 48kHz, 96kHz, etc… Or ces plateformes, au delĂ du fait qu’elles soient capables de fournir la majoritĂ© de leur catalogue en Haute RĂ©solution, fournissent aussi en parallĂšle un format Lossy a leurs abonnĂ©s. En effet, selon les usages « grand public » les abonnĂ©s doivent se contenter du format Lossy lors d’un usage nomade (par exemple Ă©coute Ă travers le Smartphone) puisque ce format est moins contraignant Ă lire dans les conditions limitĂ©es en bande passante et en poids de fichier Lossy. Aussi bien sĂ»r, la mauvaise qualitĂ© du format Lossy est moins identifiable Ă travers des petits systĂšmes d’Ă©coute Ă cause principalement de la rĂ©ponse frĂ©quentielle qu’il renvoie.
Il faut bien comprendre que le Codage rĂ©alisĂ© Ă partir des Masters studio (couramment des fichiers .wav 24bits min @44,1kHz) n’est jamais rĂ©alisĂ© en Mastering. Les fichiers Lossy proposĂ©s par les plateformes sont automatiquement encodĂ©s par elles-mĂȘmes Ă partir des fichiers qu’on leur envoie, ce qui peut poser des problĂšmes de clipping rĂ©sultant d’une mauvaise gestion des niveaux trop forts Ă l’entrĂ©e de l’encodeur, et donc par consĂ©quent aussi des niveaux True Peak non contrĂŽlĂ©s.
Seul les professionnels du Mastering sauront finaliser des Masters dont l’encodage et le dĂ©codage n’induiront pas de de distorsion audible due Ă des niveaux non contrĂŽlĂ©s. On concrĂ©tise ainsi des Masters « propres » dans lesquels ce type de distorsion ne peut se rajouter de facto aux artefacts liĂ©s Ă la perte d’information lors du passage au format Lossy.
Outre les transformations « avec perte » qui s’opĂšrent au sein mĂȘme des Plateformes de Streaming, les transformations Lossy peuvent aussi ĂȘtre rĂ©alisĂ©es par quiconque Ă©tant muni d’une application le permettant. Comme par exemple quand on converti de chez soi un fichier .wav en fichier .mp3 Ă l’aide de l’application « Music » (Apple) ou de l’application tierce « VLC » pour Windows (Figure 8). Dans ce cas le codage peut devenir de mauvaise qualitĂ© puisque l’utilisateur ne peut contrĂŽler les niveaux Ă l’entrĂ©e de l’encodeur pour Ă©viter les surcharges. Aussi, l’utilisateur ne peut pas contrĂŽler les niveaux True Peak créés pendant le processus du dĂ©codage.
Figure 8 : L’application « Apple Music » pour macOS qui a remplacĂ© iTunes en 2019, et l’application « VLC » pour PC sont les programmes qui sont le plus utilisĂ©s aujourd’hui pour permettre aux utilisateurs d’encoder eux-mĂȘmes des fichiers audio LPCM en format Lossy.
Les Recommandations True Peak Max
Pour remĂ©dier Ă ce problĂšme de niveau True Peak qui s’aggrave avec le codage et le dĂ©codage de type « Lossy », les plateformes recommandent des Masters dont les valeurs True Peak ne dĂ©passent pas le seuil de -1dBFS (Cf Figure 9). Il s’agit de la mĂȘme recommandation imposĂ©e dĂšs 2010 par l’EBU pour la branche de l’audio « Broadcast et Mixage TV » (EBU R 128). A noter que seul Spotify recommande la valeur de -2dBTP si les titres masterisĂ©s dĂ©passent la valeur « Loudness IntĂ©grĂ©e » de -14LUFS. En effet Spotify est aujourd’hui encore une des seules plateformes de Streaming qui dĂ©livre l’audio codĂ© « avec perte » (format Lossy Ogg Vorbis au bitrate entre 160 et 320kbps selon les abonnements). Il n’est donc pas illogique qu’il faille rajouter une marge de sĂ©curitĂ© supplĂ©mentaire de -1dBTP pour que leur Codec fonctionne idĂ©alement en Ă©vitant la crĂ©ation de True Peaks gĂȘnants.
Figure 9 : Exemple d’un master: on lit une valeur True Peak Max qui atteint -1dBTP conformĂ©ment Ă la recommandation EBU R 128. Ce qui reprĂ©sente une marge de niveau (Headroom) de 1dB Ă©valuĂ©e entre les niveaux du signal « maximum True Peak » et le maximum numĂ©rique (0dBFS). Si on devait masteriser exclusivement pour Spotify en suivant leurs recommandations, il faudrait rĂ©duire le niveau global du Master de 1dB supplĂ©mentaire soit 2dB de Headroom ! …alors que si leur politique changeait en faveur d’un catalogue en Lossless, nous ne serions pas obligĂ©s de rĂ©duire ce niveau et la qualitĂ© des musiques seraient enfin lĂ©gitimes.
En revanche, contrairement au domaine du broadcast oĂč les plafonds de niveau « True Peak Max » sont rĂ©ellement appliquĂ©s, lâindustrie musicale ne repose sur aucune rĂšgle obligatoire. Aucun organisme ni aucune plateforme ne refusera un master au motif que son True Peak est trop Ă©levĂ©. On parle donc de « recommandations » au sens strict, qui, selon les contextes ou les genres de musique, ne sont pas toujours respectĂ©es.
Le constat "True Peak" selon les genres
Aujourdâhui, certains genres musicaux sont masterisĂ©s Ă des niveaux moyens Ă©levĂ©s et compĂ©titifs, une pratique hĂ©ritĂ©e de la « Guerre des Volumes » apparue au dĂ©but des annĂ©es 2000. Ă lâinverse, dâautres genres sont, depuis toujours, produits avec davantage de relief, en prĂ©servant la dynamique naturelle des enregistrements. La gestion des valeurs maximales de True Peak sâen trouve donc directement influencĂ©e.
Le cas des musiques dynamiques
En revanche, notez que le contrairement au domaine du Broadcast pour lequel les niveaux maximum Ă©tablis sont rĂ©ellement appliquĂ©s, dans lâIndustrie de la Musique il nâexiste aucune rĂšgle ni aucune obligation. Aucun organisme ni dispositif refusera un Master si son niveau True Peak est trop Ă©levĂ©. Aujourdâhui dans le domaine de l’Industrie de la musique on parle de «recommandations » au sens premier du terme. Selon les cas ces recommandations ne sont pas toujours suivies.
La prĂ©sence de valeurs « TP » occasionnelles et dont lâamplitude demeure faible (par exemple : 3 ou 4 valeurs TP @+0.3dBFS dans lâensemble du morceau) ne prĂ©sente pas de difficultĂ©, puisque la distorsion engendrĂ©e durant le dĂ©codage / DAC demeure soit trĂšs faible, soit trĂšs ponctuelle et donc dans les deux cas elle passerait inaperçue. On peut aussi trouver des albums pour lesquels seuls 1 ou 2 titres sur un ensemble de + de 10 titres comportent quelques True Peaks qui peuvent ĂȘtre gĂȘnants, donc en particulier lors de la lecture via des convertisseurs DAC trĂšs courants, donc non performants.
Dans l’exemple du morceau suivant de musique Classique (Figures 10 et 11) nous notons 15 valeurs True Peak sur le canal de droite. Celles-ci sont concentrĂ©es dans une rĂ©gion entre 2:35.569 et 2:35.584 soit dans un intervalle trĂšs court de 15 centiĂšmes de secondes. Donc Ă cet endroit et selon la qualitĂ© du DAC utilisĂ©, lâoreille pourrait distinguer une distorsion gĂ©nĂ©rale qui englobe les 15 valeurs TP Ă la fois.
Sur cet album trĂšs rĂ©ussi de 18 titres dont provient l’exemple Ă©tudiĂ©, seuls deux titres posent un problĂšme True Peak dĂ©passant le Full Scale. Ces dĂ©passements n’ont manifestement pas Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s pendant le Mastering.
Figures 10 et 11 : Â Vivaldi Concerto lâInverno n.4 Allegro – Le Quattro Stagioni â Interpreti Veneziani (Cd-Audio, In Venice Sound, 2013).Â
La Guerre des Volumes comme point de départ
Aujourdâhui il nâest pas rare que des productions musicales se masterisent sans tenir compte de ces niveaux True Peak ou bien que la prĂ©sence des True Peaks dĂ©passant le 0dBFS soit encore Ă©levĂ©. Le sujet de la « Guerre des Volumes » Ă son apogĂ©e dans les annĂ©es 2000 est plus ancien que la mise en place des outils pour les contrĂŽler dans les studios. Les consĂ©quences de cette guerre Ă l’Ă©poque Ă©taient nĂ©fastes car le phĂ©nomĂšne poussait les studios du Monde entier Ă tirer parti des technologies pour augmenter le + possible lâamplitude du signal gravĂ© dans le fichier, et donc dâengendrer des valeurs True Peak trĂšs importantes (Figures 12, 13 et 14) :
Figure 12 : Analyse de: « Parallel Universe » des Red Hot Chili Peppers (Album « Californication », Warner,1999)
Figure 13 : Analyse de « Ghost of the navigator » de Iron Maiden (Album « Brave New World », Emi, 2000)
Figure 14 : Analyse de « Let it will be » de Madonna (Album « Confessions on a dance floor », Warner Bros, 2005)
L'héritage de la Loudness War: l'Affirmation des Codes Mainstream
Aujourd’hui si la tendance depuis les 15 derniĂšres annĂ©es a Ă©tĂ© de produire des musiques plus dynamiques qu’avant, il n’en reste pas moins que certains genres de musique persistent Ă ĂȘtre produit trĂšs fort, mĂȘme si le « Loudness Normalization » perdure. Dans ce cas, ceci grĂące Ă la technologie numĂ©rique qui s’accroit continuellement, les valeurs du Loudness peuvent malgrĂ© tout et selon les artistes largement dĂ©passer celles d’il y a 20 ans.Â
Le principal problĂšme des niveaux excessivement Ă©levĂ©s nâest pas le volume en lui-mĂȘme, mais la distorsion quâils engendrent.
Dave Collins, ingé-son Mastering
Source : Interview dans « Production Masters Podcast » avec Dave Collins, 30 avril 2018, Tape Op Magazine.
Le problĂšme de la guerre des volumes, câest la distorsion. Lorsque lâon pousse les niveaux au-delĂ de ce que le support peut supporter, la distorsion devient inĂ©vitable. (âŠ) Le son Ă©crĂȘtĂ© est devenu une composante de la signature du mastering moderne â non pas parce quâil est meilleur, mais parce que les auditeurs sây sont habituĂ©s.
Bob Katz, ingé-son Mastering
Source : Mastering Audio: The Art and the Science, 3e Ă©dition (Focal Press), chapitre sur la Loudness War et chapitre sur le clipping numĂ©rique. Dans son livre l’auteur affirme que la distorsion demeure la cause du phĂ©nomĂšne de la Guerre des Volumes (ie des niveaux moyens trop forts). Il partage aussi le fait que les gĂ©nĂ©rations actuelles se sont habituĂ©es Ă la distorsion. Ce qui expliquerait les intentions artistiques.
Cette Guerre des Volumes n’est pas sans consĂ©quences dans le domaine de la crĂ©ativitĂ© puisque les 10 premiĂšres annĂ©es d’influence ont fini par crĂ©er des codes au sein des genres. La distorsion engendrĂ©e dans les productions sonores fait parfois bel et bien partie d’un hĂ©ritage artistique revendiquĂ©. La majoritĂ© des artistes « Mainstream » conçoivent leur musique de maniĂšre impactante grĂące notamment Ă l’usage et la gestion de plusieurs formes de distorsion, dont aussi celle engendrĂ©e par les niveaux True Peak impactant la lecture des sons. En effet, les producteurs des musiques Pop, Electro, Urbaines ou Rock persistent souvent Ă dire que le Loudness doit vivre avec son temps, qu’il doit faire partie de cet hĂ©ritage culturel pour lequel la distorsion peut faire partie de l’art comme forme d’expression (Figure 15).
Figure 15 : Ragga Bomb (Artiste Skrillex, Album « Recess », Owsla/Big Beat Records, 2014). Sur cet exemple comme dans de trĂšs nombreux cas en musique Pop (ou autres) on compte 56 012 True Peaks sur le seul canal de gauche, le plus Ă©levĂ© atteint +3.58dB ce qui est Ă©norme. Dans cet exemple le choix de l’artiste parait entiĂšrement intentionnel.
Le Clipping nâest quâun son parmi dâautres. Sa pertinence dĂ©pend entiĂšrement du contexte musical.
Dave Collins, ingé-son Mastering
Source : Gearspace.com Q&A avec Dave Collins (thread public du 17 juin 2010â ingĂ©nieur prĂ©sent lui-mĂȘme).
AssurĂ©ment dans certains genres la distorsion créée dans les productions est parfaitement intentionnelle. La distorsion gĂ©nĂ©rĂ©e par le True Peak est un exemple qui s’additionne avec d’autres types de distorsion qui sont crĂ©es avec des outils courants dans les studios: les gĂ©nĂ©rateurs d’harmoniques (exciters), certains types d’Ă©galiseurs, les compresseurs, les limiteurs… Cette recherche sonore qui permet d’atteindre un niveau d’enregistrement plus fort et compĂ©titif peut sembler excessive, mais si elle demeure intentionnelle elle reste donc parfaitement lĂ©gitime. Il incombe donc au(x) technicien(s) du Son de livrer une musique pour laquelle ces distorsions engendrĂ©es sont maitrisĂ©es, valorisant ainsi le projet dans des intentions bien dĂ©finies.
Si un artiste recherche de lâintensitĂ©, les harmoniques et la saturation peuvent parfois faire partie des moyens dây parvenir.
Maor Appelbaum, ingé-son Mastering
Source : Masterclass Maor Appelbaum â Pensadoâs Place (Ă©pisode invitĂ©).
Certains styles doivent sonner bruts, rugueux, saturĂ©s â câest lâesthĂ©tique, câest lâart.
Maor Appelbaum, ingé-son Mastering
Source : Interview Sonic Scoop, âInside the Mastering Mind: Maor Appelbaumâ.
Si le Mastering du projet musical rĂ©alisĂ© est excellent, la seule considĂ©ration du dĂ©passement des « valeurs True Peak recommandĂ©es » n’est clairement pas suffisant pour remettre en question la qualitĂ© d’un Mastering. Nous le verrons plus tard dans l’article, mais le simple fait de limiter les valeurs « True Peak » d’un enregistrement peut avoir des consĂ©quences audibles sur le rĂ©sultat. Au final tout dĂ©pend des intentions de dĂ©part et de la maniĂšre dont l’ingĂ©-son de Mastering saura concrĂ©tiser ses dĂ©cisions sur le rĂ©sultat sonore.
Le True Peak ignoré dans le "Loudness Intégré"
Dans les annĂ©es 2010 la « Normalisation du Loudness » (Loudness Normalization) a Ă©tĂ© mis en place dĂšs l’essor des plateformes de Streaming. C’est grĂące Ă l’Ă©lan menĂ© par l’EBU qui dĂšs 2010 comptait uniformiser le niveau des programmes diffusĂ©s dans le Broadcast. De la mĂȘme maniĂšre l’objectif des plateformes visait de rĂ©duire les Ă©carts de niveau au sein des playlists puisque les musiques ne sont jamais masterisĂ©es avec le mĂȘme niveau de « Loudness »: Aucune rĂšgle imposant des valeurs de « niveaux » n’a jamais existĂ© dans le domaine de l’enregistrement sonore. Des musiques sont ainsi créées plus fortes que d’autres. Donc dans un soucis de confort d’Ă©coute, grĂące Ă cette option de « Normalisation du Loudness » qui baisse le gain des musiques « fortes », toutes les musiques en Streaming sont jouĂ©es Ă peu prĂšs « au mĂȘme niveau » et ce, quelque soit les valeurs ISP mĂȘme si elles dĂ©passent le 0dBFS.
De surcroĂźt cette pratique ambitionnait de mettre fin Ă la Guerre des Volumes. En effet un Master possĂ©dant un Loudness « trop fort » est d’autant plus baissĂ© que son Loudness est fort. Plus sa valeur de « Loudness IntĂ©gré » est Ă©levĂ©e, plus la rĂ©duction de gain qu’il subit est importante. Cette baisse de niveau atteint une valeur « cible » qui est dĂ©finie par la plateforme. De cette façon on dĂ©courage donc la pratique de produire de la musique avec un niveau de « Loudness » trop Ă©levĂ©.
Pourtant la notion de True Peak est complĂ©tement ignorĂ©e dans le calcul du « Loudness IntĂ©gré » : le Loudness dĂ©fini par l’ITU n’intĂšgre pas l’existence des ISP. Par consĂ©quent la « Normalisation du Loudness » n’en tient pas compte. Donc au moment du Mastering, le contrĂŽle des valeurs True Peak n’a aucune consĂ©quence sur « uniformisation du gain » au sein des plateformes. NĂ©anmoins compte tenu des distorsions engendrĂ©es par des valeurs True Peak excessives lors de la lecture du signal dans les systĂšmes de lecture courants ou de mauvaise qualitĂ©, le Loudness perçu est en principe impactĂ©, mĂȘme si le Loudness IntĂ©grĂ© ne tient pas compte des valeurs True Peak. En effet, une distorsion ajoutĂ©e Ă un signal augmente forcĂ©ment la quantitĂ© du Loudness perçue: dans ces conditions nous percevons le signal « plus fort ».
La gestion du True Peak
A la fin du process de Mastering, une des prĂ©occupations des ingĂ©s-son est de vĂ©rifier les valeurs maximales True Peak du signal de tous leur masters: la valeur la plus Ă©levĂ©e qu’ils franchissent et de la quantitĂ© que ces True Peak incombe. A travers nos Ă©coutes et nos outils audionumĂ©riques dĂ©diĂ©s on est ainsi capable d’Ă©valuer leur gĂšne lors du Clipping tant en lecture (DAC) que sur les transformations Lossy vouĂ©es Ă ĂȘtre opĂ©rĂ©es (encodage et dĂ©codage).
La détection du True Peak "Max" en Mastering
En studio de Mastering au moment de finaliser les Masters pour le client, on prĂȘte une double attention sur ces valeurs TP Max pour les deux raisons citĂ©es. au bon dĂ©roulement de ces deux opĂ©rations de « compression » et de « dĂ©compression » des donnĂ©es. De sorte que si les Masters devaient subir un encodage/dĂ©codage de type « Lossy », nous Ă©viterions les effets de distorsion provenant de niveaux numĂ©riques trop importants.
Il existe des outils professionnels qui permettent d’ajuster le niveau du signal Ă encoder en fonction du Codec et du DĂ©bit Binaire choisis. En effet tous les Codecs ne se valent pas: pour une mĂȘme surcharge de signal certains Codecs gĂ©nĂšreront moins de distorsion que d’autres, et le rĂ©sultat est aussi trĂšs dĂ©pendant du DĂ©bit Binaire considĂ©rĂ© (bitrate). Effectivement, plus le bitrate est Ă©levĂ©, moins le signal subit de dĂ©gradation et moins la quantitĂ© de distorsion Ă©mergera au moment des surcharges. Comme exemples d’outils qui nous permettent de contrĂŽler la surcharge des niveaux LPCM Ă l’entrĂ©e du codec, nous avons l’excellent Fraunhofer Pro-Codec (Sonnox) (FIgure 16), ainsi que les outils fournis par Apple Ă travers le programme « Apple Digital Masters » .
FIgure 16 : le plugin « Fraunhofer Pro Codec » (Sonnox ) analysant en temps rĂ©el de lecture diffĂ©rents flux d’encodage/dĂ©codage en fonction des Codecs et dĂ©bits binaires (bitrates) choisis (ici analyses du mp3@320kbps, 256kbps, 192kbps et AAC@256kbps et 192kbps). On note ici que le Master clipperait le codec mp3 avec une valeur True Peak Max de +0.99dB si on utilisait un bitrate de 192kbps. Pour tous les autres exemples le codec ne gĂ©nĂšre aucun True Peak gĂȘnant.
Le True Peak aujourd'hui n'est pas toujours une simple formalité
Le Mastering a pour finalitĂ© de bonifier le message artistique et de rendre lâensemble du projet cohĂ©rent et compĂ©titif. Il a aussi comme objectif de livrer des Masters qui ont l’avantage d’ĂȘtre correctement traduits sur toutes les gammes de systĂšmes dâĂ©coute. Du systĂšme de reproduction courant au systĂšme le plus performant. Les studios de Mastering Ćuvrent pour garantir cela avec entre autres le contrĂŽle des niveaux True Peak. L’expertise des ingĂ©nieurs du son dont la spĂ©cialitĂ© est le Mastering Audio, repose sur l’Ă©laboration d’un vrai travail de traitement du signal afin d’amĂ©liorer le rendu des sons qu’on leur confie et pour lequel ils sont largement sollicitĂ©s.
Aujourd’hui tous les programmes audionumĂ©riques permettent de visualiser les niveaux True Peak maximum d’un signal. Dans le cas oĂč nous jugeons important de crĂ©er un headroom de -1dBTP sur les masters, nous utilisons des Limiteurs de type Brickwall qui possĂšdent une fonction de dĂ©tection True Peak (Figures 17, 18 et 19). Dans ce cas de figure et quand cette fonction est enclenchĂ©e le limiteur dĂ©tecte ainsi tous les niveaux (niveaux des Ă©chantillons et niveaux ISP) et rĂ©duit le signal en consĂ©quence, dĂšs qu’il dĂ©passe un seuil dĂ©terminĂ© par l’utilisateur. De cette sorte on garanti un signal exempt de niveaux TP qui seraient problĂ©matiques lors de la conversion au niveau du DAC. Cependant l’activation de cette fonction sur le limiteur n’est pas toujours sans effets secondaires dans le son. Avec le mode TP engagĂ© certains limiteurs colorent le signal d’une certaine maniĂšre. Alors que d’autres limiteurs se comportent de façon beaucoup plus transparente. Mais cette coloration du signal peut, comme par l’utilisation commune de n’importe quel autre outil de traitement, demeurer intĂ©ressante selon l’intention recherchĂ©e. Tout travail de Mastering professionnel est basĂ© sur des intentions de transformation du signal perçu, et les choix de traitement du signal se basent sur les caractĂ©ristiques du signal tel qui se prĂ©sente. Dans le cas oĂč le « True Peak Limiting » s’avĂšre appauvrir le signal, nous cherchons d’autres solutions: on utilise un autre limiteur ou d’autres outils qui donneront de meilleurs rĂ©sultats en fonction du signal considĂ©rĂ©. On peut Ă©galement ignorer la fonction « True Peak » du limiteur et ajuster le niveau des Masters en contrĂŽlant visuellement les niveaux du signal Ă l’aide d’un « mĂštre True Peak » dĂ©diĂ© (Figures 20 et 21).
Comme discutĂ© dans l’article de Blog Mastering humain ou mastering automatisĂ© ?, le mastering automatisĂ© constitue un systĂšme « clĂ© en main » qui permet de masteriser n’importe quel morceau de musique de maniĂšre automatique, rapide et peu coĂ»teuse. En rĂ©alitĂ© ces applications se servent de l’IA de sorte qu’en quelques secondes vos morceaux sont masterisĂ©s sans recourir aucune intervention ni choix humains. Dans le cas des niveaux True Peak le mastering automatisĂ© conclut une mise en place conforme de ces niveaux dont la valeur maximale peut ĂȘtre dĂ©terminĂ©e par l’utilisateur. En revanche, aucune Ă©valuation sonore n’est possible par ce biais puisque l’utilisateur n’a pas le choix de l’outil de traitement permettant de contrĂŽler ces niveaux. Avec ces services on ne peut donc se rendre compte des consĂ©quences audibles dues Ă la limitation True Peak. Contrairement avec les outils courants qu’on utilise en mastering professionnel qui permettent d’entendre si la limitation True Peak s’entend.
Figure 17: Exemple avec l’excellent Limiteur Brickwall « Invisible Limiter G3 » (A.O.M) qui contrĂŽle les niveaux True Peaks dans la section « Limiteur » du plugin de sorte qu’aucune valeur True Peak ne dĂ©passe la valeur dĂ©finie par l’utilisateur. Ici cette valeur est reprĂ©sentĂ©e par le « Threshold » fixĂ© Ă -1.00dB(FS). Dans cet exemple en cliquant sur « True Peak Aware » on a donc la garantie qu’aucun ISP ne dĂ©passe le seuil de -1dBFS. On note donc comme niveau maximal du signal « -1dBTP ».
Figure 18: Exemple avec le Limiteur Brickwall de la suite Ozone (iZotope) sur lequel le gain d’entĂ©e est fixĂ© Ă +10dB. La fonction « True Peak » a Ă©tĂ© enclenchĂ©e en bas Ă gauche. Le niveau de sortie du plugin « Output Level » est fixĂ© Ă -1.00dB, ce qui signifie qu’Ă la sortie du plugin les niveaux True Peaks maximums du signal atteignent -1.00dB (-1dBTP).
Figure 19 : Autre exemple avec le Limiteur Brickwall TDR Audio « Limiter 6 GE ». Configuration identique: Gain@+10dB, Seuil@-1dB configurĂ© en dĂ©tection True Peak et non simplement « PCM » (LPCM) qu’on peut apercevoir sous « True Peak » au milieu. On peut lire sur le mĂštre en bas Ă droite que le niveau du signal atteint jusqu’Ă la plus haute valeur de -1.0dBTP.
Figure 20 : Exemple de mĂštre « True Peak » avec le plugin Mastercheck de Nugen Audio. Cet outil ne transforme pas le signal, il ne sert qu’Ă visualiser les niveaux du signal.Â
Figure 21 : Autre exemple pour la configuration des mĂštres en « True Peak » sur le rĂ©glage d’Ozone (iZotope). Bien entendu si la configuration True Peak est dĂ©cochĂ©e, le mĂštre ne lira que les valeurs rĂ©elles des Ă©chantillons sans interprĂ©tation possible des ISPs.
Pour un signal analysĂ©, un plugin donnĂ© n’affichera pas toujours la mĂȘme mesure des ISP qu’un autre plugin: elles peuvent ĂȘtre lĂ©gĂšrement diffĂ©rentes. Ceci est principalement dĂ» Ă l’implĂ©mentation ou non de sous-algorithmes de calculs comme par exemple des fonctions de surĂ©chantillonnage (oversampling) qui ne prĂ©sentent pas toujours les mĂȘmes caractĂ©ristiques. Ainsi qu’aux diffĂ©rentes mises Ă jour possibles du programme de mesure Ă©tabli par l’ITU. Le programme de calcul des True Peak est notamment basĂ© sur des techniques d’oversampling et de filtrage (filtre de lissage) dĂ©montrĂ©es par l’ITU dans la derniĂšre version de Novembre 2023: ITU-R BS.1770-5. Cependant la mĂ©thode de calcul des ISP n’a pas Ă©voluĂ© depuis la version 3 du document aboutissant aux recherches de la sociĂ©tĂ©, sorti en AoĂ»t 2012: ITU-R BS.1770-3.
Le cas particulier des solutions de mastering automatisé
Comme Ă©voquĂ© dans lâarticle de blog « L’art du Mastering: au delĂ de l’algorithme », le mastering automatisĂ© repose sur des systĂšmes dits « clĂ© en main », conçus pour masteriser automatiquement nâimporte quel morceau de musique, de maniĂšre rapide et Ă faible coĂ»t. Deux acteurs majeurs dominent actuellement ce marchĂ© : LANDR et eMastered.
En pratique, ces applications sâappuient sur lâintelligence artificielle pour dĂ©livrer, en quelques secondes, une version masterisĂ©e dâun titre, sans aucune intervention humaine ni prise de dĂ©cision artistique.
En ce qui concerne les niveaux True Peak, les services de mastering automatisĂ© peuvent appliquer une valeur maximale techniquement conforme, permettant parfois Ă lâutilisateur de dĂ©finir un plafond cible. En revanche, aucune vĂ©ritable Ă©valuation sonore nâest possible par ce biais, dans la mesure oĂč lâutilisateur ne dispose dâaucun contrĂŽle sur les outils de traitement utilisĂ©s pour gĂ©rer ces niveaux.
Par consĂ©quent, ces services ne permettent pas dâapprĂ©cier les consĂ©quences audibles de la limitation True Peak. Cela contraste avec les outils couramment employĂ©s en mastering professionnel, qui offrent la possibilitĂ© dâentendre et dâĂ©valuer si la limitation True Peak exerce â ou non â un impact perceptible sur le son.
Le True Peak "avant": d'inutile à problématique
MĂȘme si le contrĂŽle des niveaux True Peak demeure une pratique courante en Mastering professionnel, ce nâĂ©tait jamais le cas avant les annĂ©es 2010, car nous nâavions pas les moyens suffisants pour les mesurer prĂ©cisĂ©ment ni de pouvoir les contrĂŽler de maniĂšre efficace. Aussi, personnellement je pense que les habitudes liĂ©es Ă la pratique « Guerre des Volumes » ont ralenti une certaine volontĂ© de remise en question pour les consĂ©quences audibles des valeurs True Peak.
DĂšs l’arrivĂ©e du CD-Audio (1982) les niveaux gravĂ©s Ă©taient trĂšs infĂ©rieurs Ă ceux pratiquĂ©s Ă la fin des annĂ©es ’90 (Figure 22). A l’Ă©poque on ne se souciait jamais de des valeurs ISP. En effet, globalement sur un CD produit entre 1982 et 1990 les niveaux de crĂȘte les plus hauts se situaient Ă plusieurs dBs en dessous du Full Scale, rendant impossible les surcharges des DACs. Dans les annĂ©es 1980/1990 on parle de « l’Ăąge d’Or du CD ». Il est bon de rappeler que le Cd-Audio fut le premier format audionumĂ©rique créé, la notion de True Peak naissait Ă ce moment lĂ mais ses consĂ©quences se sont donc posĂ©es que 15 ans plus tard avec la Guerre des Volumes.
Figure 22 : Analyse du titre « Rosanna » de l’artiste Toto. Version originale de l’album CD Toto IV, non remasterisĂ©e, Columbia records, 1982. Les True Peaks les plus hauts ne dĂ©passent pas -2.19dBFS ce qui laisse un Headroom consĂ©quent. On Ă©vite ainsi de surcharger tout DAC. Cela permet aussi de gĂ©nĂ©rer des formats Lossy de meilleure qualitĂ©.
Le paradoxe de la technologie
Aujourd’hui Ă©tant donnĂ© la facilitĂ© d’accĂšs Ă la musique de façon nomade, en particulier avec l’utilisation des smartphones connectĂ©s, la consommation de la musique s’est largement dĂ©tĂ©riorĂ©e puisque dans ces conditions nous ne sommes plus capables de pouvoir apprĂ©cier la musique dans sa juste valeur. En effet, Ă travers un objet Ă peine plus grand que la taille d’une main, tout le systĂšme audio est contenu: le lecteur audionumĂ©rique (le « Player »), le DAC, l’amplification et le(s) Haut-Parleur(s). Le systĂšme est minimisĂ© pour rĂ©duire le coĂ»t de production. Par consĂ©quent le DAC et les Haut-Parleurs d’un Smartphone demeurent obligatoirement de piĂštre performance. A moins d’utiliser son Smartphone pour l’utilisation du Player et de router le signal audionumĂ©rique sur un DAC externe dĂ©cent, cette technologie nomade ne peut restituer la musique de maniĂšre qualitative. Dans ces conditions on ne peut se rendre compte du travail Ă©laborĂ© de l’artiste et de l’Ă©quipe technique: des prises micro lors de l’enregistrement, du travail du Mixeur et de l’ingĂ©-son de Mastering.
MalgrĂ© la qualitĂ© de la musique enregistrĂ©e dans le cas d’une production exemplaire et malgrĂ© la lecture du fichier LPCM tel qu’il a Ă©tĂ© produit en Mastering, sur des tout petits systĂšmes nous percevons donc toujours une musique dĂ©nuĂ©e de ses qualitĂ©s pourtant toutes prĂ©sentes dans le fichier Master: la rĂ©ponse frĂ©quentielle Ă©tendue, la dynamique, les dĂ©tails des sons, et la notion d’espace que le cerveau sait restituer avec l’utilisation d’un systĂšme d’Ă©coute dans des conditions acceptables. En utilisant un Smartphone pour Ă©couter de la musique la rĂ©ponse frĂ©quentielle et la dynamique sont Ă©triquĂ©es Ă cause de la faible performance du DAC, de la faible performance de l’amplificateur et de la petite taille des Haut-Parleurs. De plus en utilisant le transducteur du tĂ©lĂ©phone la notion d’espace disparaĂźt complĂštement puisque l’auditeur ne dispose pas de l’effet stĂ©rĂ©ophonique produit par une paire de Haut-Parleurs. En studio de production la musique est toujours construite au moins selon une dĂ©pendance stĂ©rĂ©o. Non seulement les niveaux True Peak non contrĂŽlĂ©s peuvent brimer le rĂ©sultat sonore Ă travers les petits systĂšmes d’Ă©coute, mais aussi dans ces mĂȘmes conditions nous sommes parfaitement incapables d’entendre les sons tels qu’ils ont Ă©tĂ© créés et approuvĂ©s, conformĂ©ment aux intentions des artistes et des ingĂ©s-sons.
Force est de constater qu’aujourd’hui les systĂšmes Hi-Fi ne sont plus autant utilisĂ©s qu’Ă l’Ă©poque du Cd, et que les systĂšmes performants sont souvent inaccessibles pour la plupart des personnes. Pourtant les avancĂ©es en termes de technologie sont bien rĂ©elles, aujourd’hui nous savons construire mieux que jamais de biens meilleurs DAC, amplis et Haut Parleurs. Que penser de l’avenir de la consommation de la musique quand Mark Zuckerberg le PDG de Meta prĂ©dit l’extinction proche des smartphones en introduisant des lunettes qui permettraient les mĂȘmes fonctions ?
Devant ces considĂ©rations technologiques le critĂšre de l’aspect qualitatif d’un DAC est invariable puisque le signal audionumĂ©rique s’Ă©coute obligatoirement par son intermĂ©diaire. Par consĂ©quent le sujet du True Peak restera d’actualitĂ© pour l’auditeur « lambda » si ses habitudes et les moyens qu’il utilise n’Ă©voluent pas.
La conclusion du "True Peak" en Mastering
Cette rĂ©alitĂ© d’interprĂ©tation rĂ©elle devrait susciter une certaine forme de prudence au moment du Mastering puisqu’elle peut engendrer une forme de distorsion audible Ă travers les systĂšmes courants et que cette distorsion n’est en principe pas dĂ©sirĂ©e. Cette rĂ©alitĂ© reste entiĂšrement consciente en milieu professionnel. Mais selon la diversitĂ© des genres de musiques qui ne sont pas tous rattachĂ©s au code hĂ©ritĂ© concernant le volume enregistrĂ© perçu, il est cependant lĂ©gitime que les musiques Mainstream ou d’autres, trouvent leur place dans leur choix artistique.
En Mastering nous sommes soucieux de livrer une musique rĂ©pondant aux codes existants selon les genres tout en restant compĂ©titif. Ce n’est jamais la notion « True Peak » qui dĂ©termine la qualitĂ© d’un Master. La rĂ©ussite d’un mastering repose sur la recherche de l’ensemble des traitements engagĂ©s dans une perspective intentionnelle et personnelle qui demande beaucoup d’expĂ©rience. Cette recherche abouti Ă un vĂ©ritable accomplissement menĂ© de front par l’ingĂ©-son Mastering. Avec son expertise celui-ci Ćuvre pour amĂ©liorer la perception du signal, tout en s’adaptant Ă l’art et aux exigences du MarchĂ©.
Un master qui « sonne fort » n’est pas forcĂ©ment un mauvais master. Il peut parfaitement bonifier le mixage tout en renforçant une meilleure reprĂ©sentation du genre. Inversement un Master qui rĂ©pond aux strictes recommandations de la valeur maximale du True Peak Ă ne pas dĂ©passer n’est pas forcĂ©ment meilleur, ce simple critĂšre n’est clairement pas suffisant.
Dans la sociĂ©tĂ© actuelle la majoritĂ© des auditeurs utilisent des systĂšmes mĂ©diocres qui empĂȘchent de restituer correctement les qualitĂ©s que renferme la musique produite dans les studios. En particulier ces mĂȘmes systĂšmes sont parfaitement incapables de gĂ©rer des niveaux True Peak dĂ©passant un certain seuil, ils sont donc inappropriĂ©s. En termes de systĂšme d’Ă©coute courants, nous devrions peut-ĂȘtre commencer par changer les habitudes et d’enfin pouvoir s’Ă©quiper de maniĂšre plus qualitative.
Cependant la rĂ©surgence du Vinyle dont les ventes croient continuellement depuis les annĂ©es 2010 semble dĂ©montrer l’engouement croissant pour ce format. Celui-ci, par nature, ne prĂ©sente aucune difficultĂ© dans la notion du True Peak puisque qu’il demeure purement analogique. Mais de maniĂšre intĂ©ressante et sans aucun doute le Vinyle prouve une certaine recherche consciente et qualitative dans la maniĂšre d’Ă©couter la musique.
LPCM vs DSD: le comportement du True Peak
Le True Peak est intrinsĂšquement liĂ© au codage LPCM, il est par dĂ©finition son grand dĂ©faut. En effet, dans la reprĂ©sentation analogique du signal Ă partir d’Ă©chantillons lĂ©gitimement créés dans l’Ă©chelle numĂ©rique, il existera toujours des cas pour lesquels des Ă©chantillons successifs trop Ă©levĂ©s crĂ©ent une forme d’onde analogique restreinte dans son amplitude. Alors que dans la pratique, de maniĂšre idĂ©ale, elle pourrait ĂȘtre convertie sans distorsion si le signal de dĂ©part Ă©tait rĂ©duit ou mieux contrĂŽlĂ©. Comme nous l’avons vu dans cet article au travers des exemples de musique dynamique ou de musique trĂšs compressĂ©e en mastering, la gestion du True Peak demeurera toujours le point faible dans le modĂšle LPCM. Â
En revanche pour le codage DSD le problĂšme du True Peak est inexistant. En effet le DSD repose sur la crĂ©ation d’un flux Ă un seul bit Ă trĂšs haute frĂ©quence: les Ă©chantillons se crĂ©ent successivement selon la position de l’Ă©chantillon prĂ©cĂ©dent dans la logique d’un circuit « feedback »: le « Delta Sigma ». Ainsi les dĂ©passements interâĂ©chantillons ne peuvent survenir comme en LPCM. En revanche la faiblesse du DSD peut se manifester par des phĂ©nomĂšnes de surcharge, mais cela relĂšve de mĂ©canismes trĂšs diffĂ©rents et propres Ă cette technologie.
Cette partie d’article met en relief les diffĂ©rences fondamentales entre les deux technologies de codage du signal numĂ©rique (Figure 23), tout en rappelant que le LPCM demeure le standard dans la production musicale. Et c’est bien la raison pour laquelle la gestion du True Peak reste un sujet central.
Figure 23 : ReprĂ©sentations d’une forme d’onde encodĂ©e en LPCM dans le cas d’un signal Ă©chantillonnĂ© pour le Cd-Audio (16bits, 44.1kHz) (en haut) et d’une forme d’onde encodĂ©e en DSD sur 1 seul bit (toujours le cas), mais Ă une frĂ©quence d’Ă©chantillonnage 64x plus Ă©levĂ©e (en bas). Source: WikipĂ©dia, LPCM-vs-DSD, par PaweĆ Zdziarski, CC BY 2.5
Ă retenir
- Le True Peak est un phénomÚne propre au codage LPCM, lié à la reconstruction analogique du signal.
- Les valeurs True Peak ne décrivent pas le volume perçu (RMS ou Loudness Intégré).
- Des True Peaks excessifs peuvent provoquer : du Clipping dans les DAC, des distorsions accrues lors des encodages et décodages Lossy.
- Les recommandations (â1 dBTP, â2 dBTP selon les plateformes) ne sont pas des obligations dans lâindustrie musicale.
- Certains genres assument volontairement des niveaux élevés et de la distorsion comme choix artistique.
- Le DSD fonctionne selon une logique diffĂ©rente (Delta-Sigma) et nâest pas concernĂ© par le True Peak.
- En mastering, la gestion du True Peak relĂšve toujours dâun Ă©quilibre entre technique et intention artistique.
Lexique du Blog "Les niveaux True Peak"
LPCM : Linear Pulse Code Modulation est le systĂšme de codage trĂšs majoritairement le + utilisĂ© dans lâaudio professionnel ou dans la Hi-FI. On le nomme souvent de maniĂšre abrĂ©gĂ©e « PCM » (Pulse Code Modulation), mais en rĂ©alitĂ© il s’agit d’un abus de langage. Le terme « LinĂ©aire » signifie que les Ă©chantillons crĂ©es sont espacĂ©s de la mĂȘme maniĂšre ce qui n’est pas toujours le cas en « PCM ». Le LPCM est donc une sous-catĂ©gorie du PCM. Par exemple, pour de l’audio enregistrĂ© Ă une frĂ©quence d’Ă©chantillonnage de 44,1kHz (cas du CD-Audio), toutes les secondes on trouve 44 100 Ă©chantillons espacĂ©s par pas de quantification rĂ©guliers. Le LPCM permet de convertir un son analogique sous la forme dâune suite dâĂ©chantillons espacĂ©s Ă une frĂ©quence bien dĂ©finie (44,1kHz, 88.2kHz, 96kHz, etc…). Le LPCM permet aussi de pouvoir rĂ©aliser des transformations Ă l’aide d’outils audionumĂ©riques comportant des processeurs (CPUs) Ă l’aide notamment de stations de travail (DAW, Digital Audio Workstations). On peut donc traiter le signal LPCM en interne (gains, Ă©galisation, compression, gĂ©nĂ©rateur d’harmoniques, etc…). En LPCM le format conteneur le plus rependu est le .wav (Waveform Audio File Format, Microsoft & IBM). Il existe aussi le format .aiff ou .aif (Audio Interchange File Format, Apple), et le .bwf (Broadcast Wave File, EBU).
RMS = « Root Mean Square ». DĂ©signe la Moyenne Quadratique. Le niveau RMS est une application purement mathĂ©matique qui reprĂ©sente la moyenne des valeurs dâune fonction par rapport Ă un paramĂštre donnĂ© dont dĂ©pend cette fonction. Pour nous en Audio Pro la fonction considĂ©rĂ©e est la Forme dâOnde (waveform), câest-Ă -dire de lâensemble des valeurs que la courbe projette en fonction du temps. Ainsi la valeur RMS dĂ©signe la moyenne arithmĂ©tique de lâamplitude de la forme dâonde qui se propage entre le dĂ©but du morceau jusquâĂ sa fin. Cette moyenne est une valeur assez reprĂ©sentative de lâamplitude rĂ©ellement perçue par notre appareil auditif qui, dans le cas de formes dâondes complexes (la musique) ne peut entendre les amplitudes maximales de tous les sons de la forme dâonde.
Loudness IntĂ©grĂ© : Integrated Loudness. Il reprĂ©sente la sonie d’un morceau de musique dans toute sa durĂ©e. L’algorithme de calcul tient compte de la non linĂ©aritĂ© de lâoreille humaine en fonction des frĂ©quences et des intensitĂ©s. Il est Ă©tabli par lâITU dont les premiers travaux sont publiĂ©s en 2006 sous la nom « ITU-R BS.1770 ». Depuis, les travaux de recherches sur lâalgorithme sont vouĂ©s Ă Ă©voluer afin dâaccroitre la prĂ©cision de la mesure du Loudness IntĂ©grĂ© mais peut-ĂȘtre aussi de celle du True Peak.
ITU: International Communication Union ou UIT : Union Internationale des TĂ©lĂ©communications. BasĂ©e Ă GenĂšve (Suisse) câest lâagence rattachĂ©e aux Nations Unies Ćuvrant pour le dĂ©veloppement spĂ©cialisĂ© dans les technologies de lâinformation et de la communication. Entre autres elle Ă©tablit les normes du secteur des tĂ©lĂ©communications.
Full Scale: le Full Scale reprĂ©sente lâĂ©chelle numĂ©rique, l’unitĂ© est le dBFS. La valeur maximale possible est le « 0 » puisque sur cette Ă©chelle toutes les valeurs exprimĂ©es sont nĂ©gatives. Le Full Scale dĂ©signe aussi la valeur maximale, c’est Ă dire le « 0 ».
Le marchĂ© des DAC aujourd’hui:
Sur le site grand public Son-Video.com
Sur le site La maison du haut parleur
Sur le site spécialisé HiFi.fr
Dans ces liens il s’agit de dispositifs grand public remplissant uniquement la fonction de conversion du DAC (et de prĂ© amplification) mais il existe aussi des systĂšmes HiFi « multifonctions » dans lequel un DAC est intĂ©grĂ©. Par exemple le cas des amplis intĂ©grĂ©s ou de certains lecteurs…
Lossy: lâencodage « Lossy » – contrairement Ă lâencodage « Lossless » – est une compression de donnĂ©es (data)
qui engendre une perte de la partie audible du signal du format dâorigine en contrepartie de l’allĂ©gement du poids du fichier. Lâexemple le plus courant est le mp3 qui malgrĂ© l’arrĂȘt de son dĂ©veloppement en 2017 par son crĂ©ateur l’institut Fraunhofer IIS demeure toujours le format Lossy le plus couramment utilisĂ©.
Limiteur Brickwall: le limiteur de type Brickwall est un outil de traitement permettant dâaugmenter le niveau sonore du signal tout en empĂȘchant celui-ci de dĂ©passer un seuil numĂ©rique dĂ©fini par l’utilisateur. Le seuil le plus haut possible Ă©tant le 0 absolu ou « Full Scale ». En 1994 la compagnie Waves Ltd lance son Plugin « L1 » qui ouvrira le chapitre de la Guerre des Volumes conjointement Ă la technologie du Cd-Audio introduit en 1982.
Plugin : le plugin est un programme audionumĂ©rique qui s’insĂšre au sein d’un programme HĂŽte appelĂ© « Station AudionumĂ©rique » ou « DAW » (Digital Audio Workstation) par lequel les fichiers audio sont traitĂ©s: Ă©galisation, compression, niveaux etc…
EBU: European Broadcast Union ou UER. C’est l’Union EuropĂ©enne de Radio TĂ©lĂ©vision. Comme l’ITU l’organisation est basĂ©e Ă GenĂšve. En s’appuyant sur les travaux de l’ITU conduits depuis 2006 sur les mesures du Loudness et du True Peak, l’EBU publie en Aout 2010 ses propres recommandations sous le nom EBU R 128 : « Loudness Normalisation and permitted maximum level of Audio Signals ». Elles rentrent en vigueur en 2012. L’EBU rĂ©alise des mises Ă jour rĂ©guliĂšres en lien avec les versions de l’ITU sur les mesures (ITU BS 1770). La derniĂšre version EBU R 128-5 date de novembre 2023.
StĂ©rĂ©o: aujourd’hui dans l’industrie de la musique la grande majoritĂ© des enregistrements sonores demeure de facto en format StĂ©rĂ©o, comptant donc deux canaux. C’est le cas depuis 1958, date de la commercialisation du vinyle stĂ©rĂ©o. Cependant en 2025, la distribution multicanale autre que « stĂ©rĂ©oâ existe bien et se dĂ©veloppe discrĂštement tant bien que mal. Les formats les plus rĂ©pandus comptent 6 ou 8 canaux (5.1, 7.1). Cette distribution se concentre surtout sur lâaudio immersif (formats Ă objets) et, dans une moindre mesure, sur des supports physiques (Blu-Ray Audio, Pure Blu-Ray Audio, SACD) et des tĂ©lĂ©chargements multicanaux. Par rapport Ă la notion de True Peak il convient de distinguer que mis Ă part le support SACD qui utilise la technologie DSD (codage Delta-Sigma), tous les autres formats multicanaux sont sujets Ă la mĂȘme vigilance que pour les formats stĂ©rĂ©o classiques, car ils sont tous codĂ©s de la mĂȘme façon (LPCM). Voir la partie de l’article sur le DSD: « LPCM vs DSD: le comportement du True Peak ».
Utilisation du Smartphone: selon une étude menée par Qobuz en 2021, 72% des jeunes écoutent de la musique avec uniquement leur Smartphone.




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